25/11/2016

Oraison funèbre pour le bâtiment de la gare des Eaux-Vives?

On assiste en ce moment à l'emballage - sans tambour ni trompette - du bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives, fermé depuis le début des travaux du CEVA en 2011.  Il est à craindre que cet emballage - qui n'est pas de Christo - indique le sort funeste que nos édiles réservent, par passivité, à cet édifice pourtant historique.

Ce charmant petit bâtiment date de 1887 et constitue le plus ancien édifice du quartier. Il fait face à la rangée d'immeubles Heimatstil de l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives, qui datent du tout début du XXe siècle. Ces immeubles forment un bel ensemble patrimonial avec le bâtiment des voyageurs ("élément fort au niveau du patrimoine bâti", comme le reconnaît le Rapport d'impact du PLQ de la Gare-des-Eaux-Vives) et avec les arbres anciens plantés sur le début de l’avenue de la Gare-des-Eaux-Vives. Cet ensemble est imprégné d’une ambiance paisible et comme hors du temps, qui plaît tant à ses habitants et aux visiteurs.

En 1888, le chemin de fer a été mis en service entre notre gare des-Eaux-Vives (appelée alors la "gare des Vollandes") et Annemasse, ce qui a permis par exemple à bien des Genevois et à de très nombreux touristes de se rendre facilement à Chamonix (desservi par le train dès 1901). Le bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives est typique du style des gares de la Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) - compagnie qui fut nationalisée et placée dans la SNCF en 1938, ce qui explique l'existence d'une gare française en plein Genève.

Il serait particulièrement dommage de ne pas sauvegarder le bâtiment de la gare des Eaux-Vives, alors même qu’il donne son nom à l’avenue et au quartier, et qu'il constitue un élément fort de notre histoire locale. 

En juin 2006, la CMNS (Commission cantonale des monuments, de la nature et des sites) avait recommandé la conservation et l'inscription à l’inventaire du bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives. Il est inquiétant de constater que les autorités ne tiennent pas compte des avis de la CMNS, la commission compétente pourtant mise en place par la loi afin de protéger et de conserver le patrimoine de la République, ce qui constitue une tâche d’intérêt public.

Certes, l’état actuel du bâtiment des voyageurs laisse fortement à désirer, mais il est tout aussi évident que si l’on avait la volonté de le restaurer, cela serait possible.  Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage !  Tout bâtiment patrimonial est par définition irremplaçable : la qualité d’une ville se mesure aussi dans sa capacité à conserver et restaurer les quartiers et édifices anciens plutôt qu’à les raser.

Nous réalisons que l’intérêt financier des promoteurs - ici, la société CFF Immobilier, qui veut construire un immeuble de rapport à cet endroit (ce qui n'a rien à voir avec la gestion et l'exploitation de l'infrastructure et du trafic ferroviaires) - a un poids important. Mais il est choquant qu'un intérêt financier privé puisse prévaloir sur l’intérêt public de conservation d’un objet patrimonial et historique de plus de 125 ans. Genève croule-t-elle à ce point sous une pléthore d'édifices historiques et patrimoniaux pour que l'on puisse se permettre d'en détruire sans remord et sans dommage pour la qualité et la beauté de notre ville?

Ce bâtiment des voyageurs pourrait fort bien être conservé et réhabilité (en tant que maison du patrimoine, maison des associations ou maison de quartier, par exemple).  Au besoin, si des questions d’alignement étaient primordiales pour le nouveau quartier autour de la future gare CEVA des Eaux-Vives, ce petit bâtiment pourrait être déplacé (comme cela s’est déjà fait pour des bâtiments d’une taille bien plus considérable d’ailleurs – par exemple la salle de gymnastique de l’école de Saint-Gervais et l’ancien siège de la Fabrique suisse de Machines-Outils Oerlikon à Zurich).

16:04 Publié dans Culture, France, Genève, Histoire, Patrimoine, Politique, Région, Urbanisme | Tags : genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

21/07/2012

Projet CEVA et information publique

La Direction de projet CEVA a enfin mis à disposition du public un panneau d'information sur le chantier de la gare des Eaux-Vives.  C'est louable, mais cela intervient 7 mois après le début des travaux !

Dans le même esprit, la Direction de projet CEVA a publié une 1e fiche d'information "CEVA - Trois-Chêne", relative aux premiers travaux dans le secteur Frank-Thomas - Grange-Falquet.  Cette fiche d'information est datée du 6 juillet et annonçe que des travaux d'abattage d'arbres auront lieu dès le 9 juillet.  L'ennui, c'est que cette fiche a été distribuée dans les boîtes aux lettres du périmètre le 19 juillet, soit 10 jours après les faits concernés !

Renseigner a posteriori ne constitue pas de l'information digne de ce nom.  C'est de la communication-alibi !  La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ? (Racine)

Pourtant, entre le 29 novembre 2009, date à laquelle les Genevois ont accepté (avec 61,2% des voix) le crédit complémentaire pour la construction du CEVA, et le 15 novembre 2011, quand le premier coup de pioche a été donné, après 3 ans de procédures sur recours, la Direction de projet CEVA a eu tout loisir de préparer sa communication.

Il convient, avant tout, que les autorités - et la Direction du projet CEVA en est l'émanation - assurent la lisibilité et la transparence de leurs actions au moyen d'un accès facilité à une information complète et pédagogique, et surtout fournie en temps utile.