25/11/2016

Oraison funèbre pour le bâtiment de la gare des Eaux-Vives?

On assiste en ce moment à l'emballage - sans tambour ni trompette - du bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives, fermé depuis le début des travaux du CEVA en 2011.  Il est à craindre que cet emballage - qui n'est pas de Christo - indique le sort funeste que nos édiles réservent, par passivité, à cet édifice pourtant historique.

Ce charmant petit bâtiment date de 1887 et constitue le plus ancien édifice du quartier. Il fait face à la rangée d'immeubles Heimatstil de l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives, qui datent du tout début du XXe siècle. Ces immeubles forment un bel ensemble patrimonial avec le bâtiment des voyageurs ("élément fort au niveau du patrimoine bâti", comme le reconnaît le Rapport d'impact du PLQ de la Gare-des-Eaux-Vives) et avec les arbres anciens plantés sur le début de l’avenue de la Gare-des-Eaux-Vives. Cet ensemble est imprégné d’une ambiance paisible et comme hors du temps, qui plaît tant à ses habitants et aux visiteurs.

En 1888, le chemin de fer a été mis en service entre notre gare des-Eaux-Vives (appelée alors la "gare des Vollandes") et Annemasse, ce qui a permis par exemple à bien des Genevois et à de très nombreux touristes de se rendre facilement à Chamonix (desservi par le train dès 1901). Le bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives est typique du style des gares de la Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) - compagnie qui fut nationalisée et placée dans la SNCF en 1938, ce qui explique l'existence d'une gare française en plein Genève.

Il serait particulièrement dommage de ne pas sauvegarder le bâtiment de la gare des Eaux-Vives, alors même qu’il donne son nom à l’avenue et au quartier, et qu'il constitue un élément fort de notre histoire locale. 

En juin 2006, la CMNS (Commission cantonale des monuments, de la nature et des sites) avait recommandé la conservation et l'inscription à l’inventaire du bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives. Il est inquiétant de constater que les autorités ne tiennent pas compte des avis de la CMNS, la commission compétente pourtant mise en place par la loi afin de protéger et de conserver le patrimoine de la République, ce qui constitue une tâche d’intérêt public.

Certes, l’état actuel du bâtiment des voyageurs laisse fortement à désirer, mais il est tout aussi évident que si l’on avait la volonté de le restaurer, cela serait possible.  Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage !  Tout bâtiment patrimonial est par définition irremplaçable : la qualité d’une ville se mesure aussi dans sa capacité à conserver et restaurer les quartiers et édifices anciens plutôt qu’à les raser.

Nous réalisons que l’intérêt financier des promoteurs - ici, la société CFF Immobilier, qui veut construire un immeuble de rapport à cet endroit (ce qui n'a rien à voir avec la gestion et l'exploitation de l'infrastructure et du trafic ferroviaires) - a un poids important. Mais il est choquant qu'un intérêt financier privé puisse prévaloir sur l’intérêt public de conservation d’un objet patrimonial et historique de plus de 125 ans. Genève croule-t-elle à ce point sous une pléthore d'édifices historiques et patrimoniaux pour que l'on puisse se permettre d'en détruire sans remord et sans dommage pour la qualité et la beauté de notre ville?

Ce bâtiment des voyageurs pourrait fort bien être conservé et réhabilité (en tant que maison du patrimoine, maison des associations ou maison de quartier, par exemple).  Au besoin, si des questions d’alignement étaient primordiales pour le nouveau quartier autour de la future gare CEVA des Eaux-Vives, ce petit bâtiment pourrait être déplacé (comme cela s’est déjà fait pour des bâtiments d’une taille bien plus considérable d’ailleurs – par exemple la salle de gymnastique de l’école de Saint-Gervais et l’ancien siège de la Fabrique suisse de Machines-Outils Oerlikon à Zurich).

16:04 Publié dans Culture, France, Genève, Histoire, Patrimoine, Politique, Région, Urbanisme | Tags : genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

10/02/2016

Il faut voter NON au crédit de 131 millions relatif au projet de transformation du MAH

Le 28 février 2016, de nombreux et importants objets seront soumis au vote.  Suite au référendum qui a largement abouti en juin dernier, une votation municipale en Ville de Genève aura lieu sur le crédit de 131 millions relatif à la transformation ("rénovation et agrandissement") de notre Musée d'art et d'histoire (MAH), dit projet Jean Nouvel.

Ce projet appelle les commentaires suivants au niveau patrimonial : 

Construit par le grand architecte genevois Marc Camoletti (on lui doit aussi le Victoria-Hall et la Poste du Mont-Blanc, notamment) au tout début du XXe siècle, le MAH est un édifice néo-classique de style "Beaux-Arts"  (comme par exemple, à Paris, le Petit Palais (qui a inspiré Marc Camoletti), le Grand Palais, le pont Alexandre-III et la gare d'Orsay ou, à New York, le Metropolitan Museum et la gare Grand Central), monument qui constitue une œuvre architecturale majeure : dispositif articulé autour de la cour intérieure arcaturée, dans un contexte topographique complexe (entre, d'une part, le niveau inférieur des boulevards Helvétique et Jaques-Dalcroze et, d'autre part, le niveau de la Vieille-Ville et le secteur des anciennes fortifications). Comme le dit Bernard Zumthor (membre de la Commission fédérale des monuments historiques, et ancien conservateur cantonal des monuments et directeur de l’Office du patrimoine et des sites de Genève), il s'agit d'un "quadrilatère de galeries et de cabinets d’exposition articulés autour d’une cour ouverte qui joue le rôle de pivot central dans la distribution des espaces et des volumes. Dans ce modèle d’édifice, le « vide » est essentiel pour exprimer les « pleins » du bâti. C’est de la tension entre les deux que naissent l’harmonie des proportions, la qualité des rapports entre intérieur et extérieur, la subtilité de l’éclairage naturel bi-orienté, etc. La cour n’est donc pas un lieu « oublié » offert au premier remplissage venu." (L’Hebdo No 12, mars 2012).

Que l'on aime ou non le style "Beaux-Arts" (les goûts et les modes évoluent au fil du temps), le MAH est un monument historique : c'est à Genève l'unique édifice de style "Beaux-Arts" de ce genre.  Il est du reste inscrit à l'Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse (ISOS), du fait de son grand intérêt historique et architectural (cf. la liste des monuments et sites genevois inscrits sur la liste officielle fédérale de l'ISOS : http://www.bevoelkerungsschutz.admin.ch/internet/bs/fr/home/themen/kgs/kgs_inventar/a-objekte.parsys.000102.DownloadFile.tmp/ge2016.pdf).  La Confédération stipule : "L’inscription d’un site dans l’ISOS signale que ce site mérite spécialement d’être conservé intact. [...] Dès qu’il s’agit de sites construits d’importance nationale, l’ISOS doit donc être systématiquement considéré comme une base de décision pour tout ce qui relève de la gestion des monuments historiques et des sites ainsi que des mesures d’aménagement du territoire" (cf. http://www.bak.admin.ch/isos/03188/index.html?lang=fr).  

Le MAH fait donc indubitablement partie du patrimoine genevois et, par conséquent, conformément aux principes internationalement reconnus en la matière (Charte de Venise), seule une restauration respectueuse de la substance ancienne de ce monument est admissible, sans aucune adjonction (art. 13 de la Charte de Venise : "Les adjonctions ne peuvent être tolérées que pour autant qu'elles respectent toutes les parties intéressantes de l'édifice, son cadre traditionnel, l'équilibre de sa composition et ses relations avec le milieu environnant.").  La restauration du MAH dans les règles de l'art est demandée par l'association d'intérêt public Patrimoine Suisse Genève depuis près de 20 ans (http://www.patrimoinegeneve.ch/index.php?id=1928).

Or, en dépit de tout cela, le projet Nouvel veut intervenir dans la substance du MAH, en noyautant sa cour intérieure avec des plateaux et en surélevant le bâtiment (par dérogation aux lois protégeant la Vieille-Ville et le secteur sud des anciennes fortifications de Genève, quartier dit de l'Eglise russe).  Cela équivaut à un saccage du patrimoine, en totale contradiction avec les normes de la Charte de Venise.

Cela n'a rien à voir avec la construction de la pyramide au milieu de la cour Napoléon du Louvre par Ieoh Ming Pei : cette pyramide ne remplit absolument pas la cour et préserve l'intégrité de celle-ci.  Il en est de même quand on recouvre une cour d’une verrière, comme cela a été fait notamment par Norman Foster sur la grande cour centrale du British Museum ou par Rudy Riciotti et Mario Bellini sur la cour Visconti du Louvre.  Ces interventions contemporaines n'altèrent pas la substance des édifices investis.

Le parti-pris du projet Nouvel de noyauter la cour du MAH est d'autant plus incompréhensible que des alternatives existent pour réaliser une annexe à l'extérieur du MAH (sous la butte de l'ancien observatoire et dans le bâtiment de la Haute École d'art et de design (HEAD), anciennement Ecole des Beaux-Arts, comme le prévoyait Marc Camoletti) - c'est d'ailleurs la tendance architecturale actuelle : Kunsthaus de Zurich, Kunstmuseum de Bâle, Musée d’histoire de Berne, Städel Museum de Francfort, Museum d'Atlanta etc.

La population genevoise tient à son patrimoine architectural.  Elle l'a montré à maintes reprises en exigeant et obtenant par référendum que son patrimoine soit sauvegardé : les Grottes (en 1972 et 2014), les Halles de l'Île (1977), l'Hôtel Métropole (1981), le cinéma Manhattan (1987), le Musée de l'Ariana et les Bains des Pâquis (1988), et le cinéma Bio de Carouge (2004). 

Comment se fait-il alors que certains soient moins sensibles à l'altération d'un monument historique qu'à celle d'une autre œuvre d'art ?  En effet, à moins d'être un vandale, il ne viendrait à l'idée de personne d'altérer, par exemple, La Joconde  de Léonard de Vinci* ou le Guernica de Picasso en les "recadrant", en ne conservant que la tête du David de Michel-Ange ou du penseur de Rodin, en détruisant une partie d'un poème d'Apollinaire ou d'une machine de Jean Tinguely, en ne conservant qu'une partie d'une partition musicale originale, ou encore en coupant une photographie originale d'un grand photographe ou un chef-d’œuvre du cinéma.

Cette différence de sensibilité à l'architecture et de respect pour ses œuvres est-elle donc due à un problème de culture ?

* A noter que Marcel Duchamp, lorsqu'en 1919 il a affublé La Joconde de moustaches ("L.H.O.O.Q."), n'a bien sûr pas touché à l'œuvre originale de Léonard de Vinci.

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22/05/2014

Chic: des P+R sur sol genevois

Suite à la votation populaire du 18 mai, persiflons un peu.  

Le non au crédit de 3,1 millions de francs pour participer à la construction de P+R en France voisine montre que la majorité des Genevois préfère au fond voir construire des P+R sur territoire genevois.  C'est leur droit ! 

Ainsi, les Genevois pourront les payer à 100% !  C'est leur droit ! 

Ainsi, les Genevois pourront continuer à perdre de plus en plus de temps au quotidien dans des bouchons provoqués notamment par des pendulaires qui n'ont pas de P+R disponibles et encombrent nos routes !  C'est leur droit ! 

Ainsi, les Genevois pourront consacrer du précieux sol genevois pour édifier des P+R, car il est en effet plus logique de construire des parkings que des logements.  C'est leur droit !  

Il est vrai que le paysage et le patrimoine architectural genevois seront mis en valeur par la construction de nouveaux grands parkings ...  Ne laissons pas ce privilège à nos voisins !  

Quand diable comprendra-t-on que Genève - qui se veut une capitale - n'est rien sans sa région, c'est-à-dire l’agglomération transfrontalière?

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19/10/2012

Eglise russe et tags

En début de semaine, nous avons appris avec consternation par la presse que la Cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix, que chaque Genevois connaît comme l'église russe, a été barbouillée de peinture.

Si les auteurs de cet acte renouent avec les iconoclastes du XVIe siècle, nous sommes préoccupés que l'on s'en prenne à un monument patrimonial, qui illustre en outre l'esprit d'ouverture et de libéralisme de Genève.

Rappelons ici en effet que, dans les années 1850-60, le gouvernement radical de James Fazy avait donné, sur les terrains des anciennes fortifications de Genève, des parcelles aux différentes communautés religieuses de notre République - à savoir catholique, anglicane, juive et orthodoxe - ainsi qu'aux francs-maçons, pour qu'ils puissent y construire leur lieu de culte.  Ce qui fut fait : la Basilique Notre-Dame (à côté de la place de Cornavin), l'église anglicane (rue du Mont-Blanc), le temple maçonnique (aujourd'hui, Eglise du Sacré-Coeur, entre le bvd Georges-Favon et la rue du Général-Dufour), la synagogue (place de la Synagogue) et l'église orthodoxe russe (rue Rodolphe-Toepffer).

Nous sommes à l'évidence absolument en faveur de la liberté d'expression et du droit de s'indigner.  Mais, à l'heure actuelle, il y a tout de même d'autres tribunes que la dégradation d'un monument pour faire part de ses messages et revendications.  Et il est par ailleurs indigne et malsain de s'en prendre à des objets de culte.

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23/06/2012

Où est la véritable concertation dans les projets d’aménagement urbain à Genève ?

La concertation a mauvaise réputation à Genève. Or, vu les oppositions citoyennes et la complexité des problématiques liées à l’aménagement urbain, il est nécessaire de faire preuve de créativité et d’ouverture : comme d’autres villes en ont déjà fait l’expérience positive, associer au débat tous les acteurs intéressés pour en faire émerger le meilleur projet dans l’intérêt général constitue une solution digne d’intérêt.

Défis genevois

La construction en souterrain du CEVA1 libèrera bientôt le périmètre de la gare des Eaux-Vives et permettra d’aménager une surface d’environ 5 ha en pleine ville de Genève. Comme l’indiquent d’ailleurs à ce sujet les autorités genevoises, ce site constitue "un enjeu d’aménagement de première importance, un des derniers grands potentiels à bâtir au centre ville"2. Néanmoins, les autorités n’ont pas trouvé bon d’adopter une véritable procédure de concertation publique pour la conception de ce projet d’aménagement: le soi-disant groupe de concertation, constitué seulement de représentants de partis politiques et d’associations, n’a pas été ouvert à tous les usagers, habitants et propriétaires riverains ; c’est en fait l’administration qui a élaboré le projet avec ses mandataires3. Ainsi, dans le cadre de ce projet urbain pourtant qualifié d’important, on n’a pas cherché à élargir le cercle des acteurs participant à la conception du projet. La population est pourtant concernée au premier chef et se pose des questions légitimes (voire, pourrait même suggérer quelques bonnes idées) : comment les cyclistes parcourant la voie verte, "infrastructure majeure de mobilités douces" reliant Annemasse à la gare des Eaux-Vives mais s’y arrêtant brutalement, pourront-ils contourner la future gare et s’intégrer dans les flux de circulation en direction du centre-ville ? Pourquoi aucun poste de police n’est-il prévu, bien que la gare des Eaux-Vives (avec ses immenses quais de 320 m. de long) constituera la seconde grande gare de Genève4 (avec non seulement des RER, mais aussi des trains grandes lignes), ce qui par définition impliquera des problèmes de sécurité (comme on en fait l’expérience tous les jours à Cornavin) ?

Sur le plan de l’espace public, le résultat du réaménagement de la place Cornavin est pourtant loin d’être une réussite, malgré les millions dépensés et sans que l’on ne puisse imputer cela à une intervention populaire. Et l’on voit le résultat des énormes chantiers d’aménagement des Ponts de l'Ile et de la Place Bel-Air …

A la vérité, dès qu’il s’agit de projets d’aménagement de l’espace public, les autorités genevoises font preuve de frilosité vis-à-vis de la participation populaire. Ainsi, lorsqu’en 1998 le peuple genevois a rejeté en votations le plan de réaménagement de la place des Nations et le projet d’aménagement de la place Neuve, ni l’un ni l’autre projet n’avait été soumis à une véritable procédure de concertation publique5 : pour le projet de la place des Nations, seuls des acteurs institutionnels avaient été invités à participer aux négociations préparatoires et la société civile n’avait pu intervenir que 3 ans après le lancement du projet, au stade de la mise à l’enquête ; le projet de la place Neuve ne résultait pas du débat public et la concertation subséquente ne cherchait qu’à faire lever les oppositions. Plus récemment, Genève n'a pas organisé de véritable concertation citoyenne pour l'élaboration du projet de quartier sur le site d'Artamis6 ; cela a constitué une autre occasion perdue.

Exemples pour Genève

En matière d’aménagement urbain, la concertation publique n'est pourtant pas une vaine théorie. Elle a en effet été testée avec succès, en Suisse et à l’étranger, à toutes les échelles. Ainsi, par exemple, Zurich a su éviter les blocages en élargissant le cercle des acteurs participant à la conception des projets relatifs à l’aménagement des vastes friches industrielles de Zurich-Ouest7 : avant même l’élaboration d’un projet, les autorités ont invité tous les acteurs intéressés à participer à la définition de ses lignes directrices.

En France aussi, des procédures de concertation ont été utilisées dans la conception et la réalisation de projets urbains. Ainsi, le célèbre architecte-urbaniste-paysagiste Alexandre Chemetoff8, dans le cadre du très ambitieux projet d’aménagement urbain du plateau de Haye9 en Lorraine, a pratiqué un vrai dialogue avec les usagers10 : un plan géant du projet (assez grand pour que l’on puisse en parcourir les rues à pied) a été soumis au public, dont les remarques et suggestions ont servi à corriger le projet.

Tout près de Genève, à Lyon, l’énorme projet de réaménagement urbain Lyon Confluence11 est un modèle du genre. D’une part, un espace de concertation (la Maison de la Confluence, bâtiment temporaire démontable) a été ouvert au public, près des chantiers, dans le but, non seulement d’informer au mieux sur le projet et l’évolution des chantiers (avec des expositions, des maquettes, des films vidéos, des bornes multimédias), mais aussi d’instaurer la concertation en amont de l’élaboration du projet et de la décision politique (réunions publiques, ateliers, conférences et débats autour de l’aménagement du territoire) : chacun est encouragé à exprimer son avis, ses attentes et ses inquiétudes (sur les espaces et équipements publics, les transports, la qualité et la densité du bâti), soit sur place soit au moyen de sites internet constamment tenus à jour ; cette interaction entre public, concepteurs et élus vise à établir dans la durée une relation de confiance sur le réaménagement et à permettre à la population de s’approprier réellement le projet urbain. D’autre part, le Conseil de communauté urbaine du Grand Lyon a adopté en 2003 une Charte de la participation12 tout à fait remarquable, qui valorise la concertation et est établie sur le principe que "la participation citoyenne est non seulement le fondement de la démocratie locale, mais elle en est aussi la finalité" ; aux termes de cette Charte, les autorités lyonnaises s’engagent à privilégier la transparence démocratique et à renouveler le dialogue entre habitants et élus (sans remettre en cause la légitimité de ces derniers), afin de donner l’occasion à tous de s’impliquer dans la conception de la ville et la construction du bien commun ; la Charte va jusqu’à prévoir que les budgets des projets intègrent les moyens nécessaires à la mise en œuvre des procédures de concertation.

A plus petite échelle, suite aux protestations qui ont suivi la fermeture en 2002, pour des raisons de normes de sécurité, de l’aire de jeux de 1000 m2 aménagée sur la pente de la butte du parc de Belleville (dans le 20e arrondissement), la Mairie de Paris a engagé un véritable processus de concertation pour déterminer les attentes des usagers et des riverains, en organisant non pas de simples séances d’information ou de consultation, mais des ateliers de réflexion menés sur une année et accueillant notamment parents et enfants, associations et Service des espaces verts ; un cahier des charges a sur cette base été rédigé et un concours lancé13.

Urbanisme et conservation du patrimoine

Alors que près des ¾ de la population suisse vit déjà dans des villes14, le canton de Genève va connaître un accroissement de 30% de sa population entre 2005 et 203015. Or, Genève possède un patrimoine riche et varié, tant au niveau du bâti que du paysage16. Afin de faire de Genève la métropole de qualité qu’elle peut être, il faut non seulement conserver ce patrimoine, qui est l'expression de notre histoire et de notre culture, mais aussi promouvoir un développement urbain cohérent et durable, de façon à diminuer la pression sur le patrimoine et à garantir la mixité fonctionnelle (habitations, bureaux, commerces, industries, lieux de culture et de détente) et la diversité sociale, qui sont nécessaires pour que se maintienne le lien citoyen. Architecture et urbanisme doivent être conciliés dans le cadre des projets de développement urbain, en respectant la substance historique du site et en tenant compte des paramètres complexes que sont (i) le territoire (relief, hydrographie, biodiversité et espaces agricoles), (ii) la dimension politique (plus une zone est enclavée, plus elle est pauvre et donc, afin d’atténuer les inégalités sociales et spatiales, il faut urbaniser de manière perméable pour que les divers groupes sociaux puissent sortir de leurs périmètres) et (iii) la mobilité (maillage du territoire, développement des infrastructures de transport). Tout territoire est en mutation permanente et il y a donc tension tout aussi permanente entre l’ancien et le nouveau, la conservation et la transformation. Le site, dans toute l’épaisseur de ses strates historiques et culturelles, devient la "matrice du projet"17 – comme Georges Descombes l’a illustré au Parc en Sauvy, à Lancy, créé en 1985 dans une zone de transition où la campagne pénètre la ville. Les enjeux patrimoniaux liés aux procédures de transformation du territoire sont par conséquent centraux.

Débat public

Corollaire de cet essor démographique, une pression croissante va s’exercer sur le patrimoine et sur les ressources, avec des problèmes majeurs de logement et de mobilité. En raison de la complexité des problématiques (espaces, environnement, énergie et recyclage, logement, densification, espaces verts et agricoles, transports, stationnement, économie, rapports sociaux) et face aux nombreux refus exprimés à l’encontre des projets d’aménagement urbain, les autorités politiques se trouveront toujours plus confrontées au défi de trouver des solutions acceptables par tous. Certains ne voient la cause des blocages que dans un déficit d’information, voire de marketing, de la part des autorités vis-à-vis des "administrés". Pourtant, on peut légitimement chercher à développer des processus de gestion de projet urbain différents. Des penseurs, comme Yves Chalas, se fondant notamment sur le développement des sciences exactes (notions de chaos et d’aléatoire), afin de répondre à la grande complexité des variables et des territoires, préconisent, plutôt que de simplement soumettre les projets de développement urbain à la consultation publique, de faire résulter du débat public les projets, par "l'information réciproque, le diagnostic partagé, la découverte collective et progressive du projet", le débat public garantissant "un meilleur urbanisme (…) que l'excellence technique, esthétique, fonctionnelle et rationnelle"18.

Participation citoyenne, consultation et véritable concertation

Outre les élections et votations, il y a plusieurs niveaux de participation "citoyenne" entre la population et ses élus : contrairement à la simple consultation (laquelle se résume à une simple demande d’avis sur un projet prédéfini, avis qui ne lie d’ailleurs pas son destinataire), la véritable concertation consiste en un dialogue engagé avec tous les acteurs concernés, en amont de la mise en forme d’une proposition, et suppose la confrontation et l’échange d’arguments entre les parties, afin de prendre en compte les divers points de vue exprimés et de faire ainsi émerger l’intérêt général, avant de s’entendre pour agir de concert. Il n’existe pas de méthode unique de concertation : celle-ci s’adapte en fonction des projets, des acteurs, des échelles de territoire et des contraintes juridiques, techniques et financières. Des conventions internationales, comme la Convention d'Aarhus19 de 1998 (qui a été signée par la Suisse), cherchent d’ailleurs à promouvoir la concertation publique, afin d’associer la population au processus décisionnel, en particulier dans le domaine de l’aménagement du territoire et de la gestion des ressources publiques.

La concertation publique doit précéder la planification urbaine : le projet est ainsi issu du dialogue entre tous les acteurs – publics (canton et communes) et privés (habitants, usagers, consommateurs, riverains, propriétaires, investisseurs et associations d’intérêt public) –, contrairement à la planification urbaine ordinaire qui est élaborée dans les arcanes des administrations (certes suivie de procédures d'enquête dite publique et de communications plus ou moins alibis à la population). Il faudrait passer à une "planification coopérative" laquelle constitue une méthode bien plus dynamique que la planification ordinaire20. En matière d’aménagement d’espaces publics, la planification requiert des processus permettant de déterminer l’intérêt public ; "le bien commun ne peut pas, ne peut plus, être postulé : il doit être construit"21. Ainsi, il convient d’identifier tous les acteurs concernés et de les impliquer ab initio dans la conception et l’élaboration du projet, en les faisant dialoguer entre eux et avec des experts. "Il ne s’agit (…) pas de croire de manière angélique aux vertus du débat (…), mais de se donner les moyens de définir adéquatement le problème. (…) Les procédures [de concertation publique] (…) permettent (…) d’enclencher une dialectique féconde entre une définition (…) du bien commun et des conceptions architecturales et urbanistiques."22

La concertation comme mode de gouvernance

En matière de projets d’aménagement des espaces publics, une bonne gouvernance fondée sur une véritable concertation implique donc les phases suivantes, qui devraient être institutionnalisées: 1) les autorités associent toutes les personnes concernées – de la façon la plus ouverte et la plus large – à la définition des lignes directrices du projet ; 2) sur cette base, différentes équipes d’architectes et d’urbanistes, choisis sur concours, élaborent différents plans ; 3) puis, des experts les analysent et en recommandent un ; 4) ce projet est alors présenté au public et toutes les personnes intéressées (y compris les associations d’intérêt public, puisque justement l’Etat reconnaît qu’elles agissent dans l’intérêt collectif) peuvent à nouveau faire part de leurs remarques de façon à "enrichir" le projet ; on en tient compte, en amendant au besoin le projet ; 5) les décisions politiques sont prises sur cette base. Il ne faut pas se fier aux apparences : on l’a vu, le nom de concertation est parfois donné à des procédures qui n’en remplissent pas les conditions et sont en fait de simples consultations ; la véritable concertation exige l’ouverture à toutes les personnes intéressées et ce, dès la conception du projet.

La concertation peut s’exercer à tous les niveaux (quartier, commune, groupe de communes, canton, agglomération transfrontalière23). A Genève, le canton détient en général la compétence en matière d’urbanisme, ce qui permet sans doute une plus grande cohérence, mais ne satisfait pas au principe de subsidiarité24 qui veut que, dans un but d’efficacité, la responsabilité de l’action publique soit dévolue aux autorités de l’échelon inférieur dans la mesure où elles en ont la capacité (soit par exemple la commune plutôt que le canton) ; mais les autorités cantonales ne démontrent pas la volonté de dépasser leur vision et d’encourager la participation pour améliorer l’écoute du ressenti socio-culturel de la population genevoise. Pourtant, la proximité désamorce souvent les problèmes.

Eviter les blocages

La concertation publique présente de grands avantages : elle permet à la population de s’approprier le projet et d’y adhérer ; en outre, tout en évitant donc les blocages, la concertation intègre mieux les divers membres de la communauté (y compris, par exemple, les enfants, qui ne sont jamais entendus lors des procédures de consultation) en construisant le sentiment d'appartenance à la collectivité. En outre, les procédures de concertation permettent aux projets urbains de pouvoir être réalisés de manière plus prompte, flexible et planifiable, ce que les investisseurs et le public apprécient. Construire ensemble un projet en se concertant est plus démocratique que de simplement le soumettre à consultation et constitue le meilleur moyen de susciter le soutien actif de la majorité des acteurs concernés. La plupart de nos concitoyens s’intéressent à leur environnement urbain, preuves en sont les enthousiasmes pour certains projets (cf. le projet du métro M2 à Lausanne25) et les oppositions (que la concertation parvient justement à positiver et à intégrer).

Les procédures participatives se voient parfois critiquer pour leur lourdeur. S’il est vrai que, par rapport à la planification ordinaire, la concertation allonge la phase de conception du projet, elle permet cependant en général de réaliser l’aménagement urbain plus efficacement (en termes de temps et d'argent), tout en évitant référendums et recours dans une large mesure. Par ailleurs, la concertation n’a pas pour objet de tout régler : il ne s’agit pas de laisser les usagers dicter par exemple leurs goûts en matière d’architecture (laquelle doit plutôt faire l’objet de concours), mais d’établir un dialogue et des synergies quant à l’aménagement des espaces publics.

Des enjeux d’importance

Il y va de l’avenir de Genève et de la qualité de vie de ses habitants et usagers. Réaliser plus efficacement les projets urbains – dont la construction de logements – et favoriser tant l’ouverture et le sentiment d'appartenance à la cité que l'adhésion aux changements, constituent des atouts que nos élus auraient tort de négliger. Institutionnaliser les procédures de concertation en tant que moyen de gouvernance26, comme à Lyon, y aiderait, dans un véritable esprit démocratique. Nos autorités auraient-elles une conception jacobine du rôle de l’Etat par rapport aux "administrés" ? Devons-nous être réduits à un rôle d’assistés ou d’opposants en matière de projets urbains ?

1 Projet de raccordement ferroviaire Cornavin – Eaux-Vives – Annemasse.

2 Voir le site officiel de la République et canton de Genève : http://etat.geneve.ch/dt/amenagement/gare_eaux_vives-723-4143-9838.html.

3 Cf. Plan directeur de quartier de la gare des Eaux-Vives, juin 2008, p. 2.

4 Cf. Projet de PLQ Gare des Eaux-Vives, Etude d’impact sur l’environnement, Rapport d’impact 1ère étape, 21 mars 2012, p. 10.

5 Voir Ola Söderström, Béatrice Manzoni & Suzanne Oguey : "Lendemains d’échecs – Conduite de projets et aménagement d’espaces publics à Genève" in disP - The Planning Review, No. 145 (02/2001), p. 19 et ss.

6 Voir David Gaillard : "Chronique d'une participation avortée" in Le Courrier, 27 octobre 2009.

7 Voir P. Marti, J.-P. Schopfer & H. Taieb : "Learning from Zurich - Plan directeur, idées directrices" in FACES, Journal d'architecture, No 65 "Réinventer Genève", page 36 et ss, hiver 2007 – 2008.

8 Il a été invité par la Ville de Genève à l’espace Forum Faubourg, de mai à juillet 2010, pour son exposition "Droit de visite".

9 Qui couvre quelque 440 ha, à cheval sur la ville de Nancy et deux autres communes, et où résident plus de 14’000 habitants.

10 Alexandre Chemetoff, Patrick Henry et all : Visites, éd. Archibooks - Sautereau, Paris, 2009, p. 39.

11 Cette friche industrielle de 150 ha au sud de la presqu’île lyonnaise, entre Rhône et Saône, fait depuis 2000 l’objet d’une véritable extension urbaine, qui permettra de doubler la superficie de l’hyper-centre de l’agglomération lyonnaise (la 2e phase du projet, dont l’agence Herzog & de Meuron a été lauréate, prévoit l’aménagement de la majorité du site en espaces publics) - www.laconfluenceonendiscute.fr.

12 Cf. www.grandlyon.com/Charte-de-la-participation.1376.0.html. La communauté urbaine des 58 communes qui forment le Grand Lyon (1'200'000 habitants) est administrée par le Conseil de communauté auquel lesdites communes ont transféré certaines compétences (urbanisme, services publics et soutien au développement économique).

13 Cf. Cedric van der Poel : "Pour s’inventer des histoires" in TRACÉS, n° 20, 19 octobre 2011.

14 Office fédéral de la statistique, 2011.

15 En 2005, la population de l’agglomération franco-valdo-genevoise comptait quelque 770’000 habitants (Comité régional franco-genevois : Projet d‘agglomération franco-valdo-genevois, Cahier annexe N°1 – "Etat de la question et diagnostic détaillé", décembre 2007), dont 441'000 dans le canton de Genève (Office cantonal genevois de la statistique (OCSTAT) : Statistique cantonale genevoise de la population) ; les projections à 2030 indiquent une augmentation de 265’000 habitants dans l’agglomération, dont la moitié dans le seul canton de Genève (Comité de pilotage du Projet d’agglomération franco-valdo-genevois : Communiqué de presse, 17 mars 2011).

16 La Charte de Cracovie (2000) - qui reprend notamment les principes des Chartes d’Athènes (1931) et de Venise (1964) sur la conservation et la restauration des monuments et des sites - inclut expressément le paysage dans le patrimoine culturel.

17 Sébastien Marot : L'art de la mémoire, le territoire et l'architecture, Ed. de la Villette, Paris, 2010

18 Yves Chalas : "L’urbanisme à pensée faible", 2007, lrdb.fr, en ligne (www.lrdb.fr/articles.php?lng=fr&pg=356).

19 Convention sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement, adoptée le 25 juin 1998 à Aarhus (Danemark).

20 P. Marti, J.-P. Schopfer & H. Taieb : ibid.

21 Ola Söderström, Béatrice Manzoni & Suzanne Oguey : ibid.

22 Ola Söderström, Béatrice Manzoni, Suzanne Oguey : ibid.

23 Dans le cadre du Projet d'agglomération franco-valdo-genevois, des études ont été lancées à l’échelle des Périmètres d'aménagement coordonné d'agglomération (PACA) pour analyser les problématiques complexes autour du projet urbain (logements, espaces verts et agricoles, équipements, mobilité) ; ces études sont diligentées par des bureaux d’experts travaillant en parallèle sur divers scénarios d’aménagement du territoire, puis soumises au débat dans des ateliers et des tables rondes réunissant élus et représentants de la société civile, aux fins de dégager des recommandations réunissant l'adhésion la plus large www.projet-agglo.org/articles-fr/13,81-paca-et-ld.html.

24 Art. 5a de la Constitution fédérale : "L’attribution et l’accomplissement des tâches étatiques se fondent sur le principe de subsidiarité."

25 Voir par exemple "Plus de 160'000 personnes testent le métro M2" in Le Temps, 21 septembre 2008.

26 En France, l'article L300-2 du Code de l'urbanisme institue la concertation obligatoire, notamment pour l'élaboration et la révision des plans locaux d'urbanisme et pour la création de zones d'aménagement. En outre, en juillet 1996, le Ministère de l'Environnement a rendu publique une "Charte de la concertation" visant à améliorer de manière significative la participation du public à la conception des projets (cf. www.rff.fr/IMG/Charte_concertation.pdf).

26/11/2009

Il faut voter en faveur du CEVA !

Lors du lancement du métro M2 lausannois, en septembre 2008, nous rappelions sur ce blog que Genève pouvait être fière d'avoir aussi un beau projet d'infrastructure : le CEVA (liaison Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse).  En effet, le raccordement entre la Gare-Cornavin et la Gare-des-Eaux-Vives - projet qui date de la fin du XIXe siècle (l'immeuble construit en biseau sur la route de Chêne dans le prolongement de la Gare-des-Eaux-Vives en est l'illustration) - semblait enfin acquis. 

 

Las, c'était sans compter sur la détermination de certains opposants au CEVA, qui ont usé du moyen du référendum contre un crédit complémentaire de 113 millions de francs voté par le Grand Conseil, pour tenter de couler le projet dans son ensemble.

 

En effet, formellement, la votation du 29 novembre prochain ne porte pas sur le CEVA lui-même, mais sur une rallonge budgétaire de 7,5% exigée par la Confédération afin d'améliorer le projet sous l'angle de la sécurité et des mesures anti-bruit.  Ainsi, ce crédit complémentaire est dans l'intérêt des Genevois.  

 

En outre, sur la totalité du coût du projet, la Confédération paiera au moins 550 millions et les autorités françaises participeront à hauteur de 200 millions de francs.  En d'autres termes, Genève devra financer moins de la moitié du coût du CEVA.  

 

Les opposants avancent l'option dite du "barreau sud".  Mais, cette option serait infiniment moins utile aux Genevois, car ce tracé ne dessert pas la ville de Genève.  En outre, les autorités françaises n'acceptent pas de financer cette option, qui ferait arriver le train au pied du Salève, à l’écart des agglomérations françaises, et n'améliorerait pas les conditions de circulation en France.  Le "barreau sud" ne constitue donc pas une véritable alternative au CEVA.  Par ailleurs, la Confédération ne participerait dans ce cas qu'à hauteur de 40% du coût total. 

 

Le CEVA non seulement reliera enfin les réseaux ferrés CFF et SNCF du sud du lac, mais il servira aussi, d'une part, de moyen de déplacement rapide entre divers quartiers de la ville de Genève et, d'autre part, de RER pour la région franco-valdo-genevoise.  Le CEVA améliorera donc la mobilité des Genevois, absorbera une partie des usagers de la route qui embouteillent nos artères et rendra les transports plus rapides !  Que ceux qui auraient des doutes sur l'utilité d'un tel RER essayent donc de monter dans le tram, à l'arrêt "Amandolier" (lignes TPG 12, 16 et 17), le matin aux heures de pointe quand le train d'Annemasse déverse ses centaines de pendulaires en Gare-des-Eaux-Vives !

 

Par ailleurs, la quasi totalité de l'infrastructure du CEVA entre La Praille et Annemasse sera en souterrain et donc le CEVA n'encombrera pas nos rues comme les TPG.  A noter que les travaux de construction se dérouleront aussi essentiellement en sous-sol. 

 

Vu le développement projeté de la population dans le bassin genevois (+ 25% en 2020), les problèmes de trafic, de bruit et de pollution seront considérables et auront des conséquences sur la qualité de vie de la population.  En comparaison de Zurich, qui depuis 20 ans jouit de son S-Bahn (sorte de RER), Genève a un énorme retard en matière d'infrastructures de transports publics performants.  Le rejet du CEVA ferait prendre à Genève un nouveau retard de 20 ou 30 ans.  

 

Enfin, la construction du CEVA constitue une chance - tout particulièrement en ces temps de crise économique - pour l'emploi à Genève et pour les entreprises genevoises, et donc aussi pour le fisc et les finances du canton.  Genève a besoin du CEVA, de l'ouverture et du développement que celui-ci engendrera pour la région genevoise.

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23/11/2009

Pour la participation citoyenne dans les projets urbains

Comme l'a bien montré D. Gaillard dans sa "Chronique d'une participation avortée" (Le Courrier, 27 octobre 2009), Genève n'a pas organisé de véritable participation citoyenne pour l'élaboration du projet de quartier sur le site d'Artamis. Cela constitue une occasion perdue de démocratiser, de mieux intégrer les membres de la collectivité dans la cité et de rendre plus efficace la réalisation d'un projet urbain.

 

Pourtant, en matière de planification et de construction urbaines, la participation citoyenne n'est pas une vaine théorie. Ainsi, notamment Zurich* a su éviter les blocages en élargissant le cercle des acteurs participant à la conception des projets : d'abord, les résidents et usagers, les riverains et les associations à but idéal sont invités à participer à la définition des lignes directrices relatives à une portion de territoire; des architectes et urbanistes élaborent ensuite des projets fondés sur ces lignes directrices; des experts sont alors chargés de les analyser et de recommander le meilleur projet; celui-ci est présenté aux personnes et associations intéressées, qui font part de leurs remarques; sur cette base, les autorités politiques rendent leurs décisions; enfin, lors de l'exécution du projet, l'administration informe sur le suivi des décisions prises et l'avancement des travaux.

 

Si cette procédure participative peut paraître lourde, trouver un large consensus est plus démocratique et plus efficace (en termes de temps et d'argent) que d'affronter des référendums et des recours sans même emporter le soutien actif, voire enthousiaste (cf. le projet du M2 à Lausanne), de la majorité des acteurs concernés.

 

Par ailleurs, Genève doit mobiliser les compétences, afin d'optimaliser la métropolisation de la région franco-valdo-genevoise. Il est donc grand temps que, comme les autres grandes villes, la République se dote, non seulement d'un conservateur du patrimoine bâti, mais aussi d'un architecte et d'un urbaniste cantonaux. Le rôle du conservateur cantonal est de sauvegarder et donc d'entretenir le patrimoine architectural. L'urbaniste cantonal est chargé de la réflexion prospective sur une urbanisation cohérente et durable, promouvant la mixité fonctionnelle et la diversité sociale qui sont nécessaires pour que se maintienne le lien citoyen. L'architecte cantonal est responsable de la promotion de nouveaux bâtiments de qualité, offrant des espaces de vie et de travail qui permettent une bonne sociabilité, tout en embellissant la cité. Ces fonctions aident à la décision politique et gèrent les projets, selon les étapes démocratiques décrites ci-dessus, par delà les termes des mandats des élus politiques.

 

Il faut que la Constituante rédige un projet novateur en la matière. Ainsi Genève aura les moyens de préparer le meilleur avenir urbain pour ses enfants dans le XXIe siècle.

 

 

* Voir "Learning from Zurich - Plan directeur, idées directrices", de P. Marti, J.-P. Schopfer et H. Taieb, in FACES, Journal d'architecture, No 65 "Réinventer Genève", page 36 et ss, hiver 2007 - 2008.

19:48 Publié dans Développement durable, Economie, Genève, Politique, Région, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

04/10/2008

Constitution et patrimoine

Le patrimoine peut être défini comme l'ensemble des biens reçus des générations précédentes, qu'il convient de transmettre intacts aux générations futures. Un tel concept dépasse donc celui de la propriété personnelle. Cette définition est d'ailleurs reprise par la Convention de l’UNESCO du 16 novembre 1972 sur la protection de l’héritage culturel et naturel mondial : "Le patrimoine est l’héritage du passé, dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir."

Genève possède un patrimoine riche et varié (paysages, bâtiments anciens et contemporains*, espaces publics, œuvres d'art), qui participe de la qualité de la vie.

Afin de faire de Genève la métropole qu’elle a les moyens d'être, il faut à la fois protéger et promouvoir ce riche patrimoine, qui est l'expression de notre histoire et de notre culture, en se fondant sur les trois axes suivants :

(i) gestion active du patrimoine bâti : il faut conserver et donc entretenir - voire restaurer ou transformer de manière adéquate - les constructions, de façon à en garantir la durabilité ; en matière d'économie d'énergie (51% de la consommation énergétique genevoise est utilisée pour le chauffage), malgré les défis architecturaux que représente l’isolation thermique intérieure et extérieure des bâtiments anciens, il faut trouver de cas en cas des solutions énergétiques équilibrées sans nuire à la qualité de chaque objet;

(ii) promotion de nouvelles constructions de qualité : les nouveaux bâtiments - qui formeront le patrimoine architectural de demain - doivent à la fois offrir à leurs usagers un espace de vie et/ou de travail de qualité et permettre une bonne sociabilité, mais aussi embellir notre cité;

(iii) urbanisation intelligente et durable, protégeant le paysage : il faut promouvoir la qualité de l’aménagement urbain et de l'environnement, en favorisant un développement urbain cohérent et durable (gestion de l’eau, de l’énergie, de la bio-diversité et de la mobilité) dans toute la région, de façon à diminuer la pression sur le paysage et à promouvoir tant la mixité fonctionnelle (habitations, bureaux, commerces, industries et lieux de culture) que la diversité sociale qui sont nécessaires pour que se maintienne le lien citoyen ; il est indispensable de concilier architecture et urbanisme avec l'espace bâti existant, tout en tenant compte de la société telle qu'elle évolue.

Ces enjeux sont essentiels. En conséquence, notre future Constitution devra :

  • faire en sorte de pérenniser une véritable politique patrimoniale reposant sur les trois piliers ci-dessus;
  • à côté de la fonction existante de conservateur cantonal, instituer un architecte cantonal et un urbaniste cantonal (comme dans d’autres cantons où cela fonctionne bien), chargés de gérer ces domaines-clés de manière professionnelle et dans la durée, dotés d'une compétence élevée et capables de présenter des projets d’ensemble et d’en débattre avec les autorités;
  • institutionnaliser, d’une part, la concertation et les procédures consultatives comme moyens de gouvernance permanents (cf. notre article "Constitution : pour la concertation" sur ce même blog), notamment avec les associations reconnues d’intérêt public (puisque justement l’Etat reconnaît qu’elles agissent dans l’intérêt collectif) et, d’autre part, pour la même raison, la qualité pour agir de ces mêmes associations dans le cadre de procédures de recours;
  • encourager la restauration du parc immobilier genevois, notamment par des mesures fiscales appropriées qui poussent les propriétaires à entretenir leurs immeubles ; c’est en effet dans l’intérêt de la collectivité que les bâtiments soient en bon état;
  • prescrire de rationaliser le droit de la construction, de façon à simplifier les normes applicables, pour favoriser la bonne compréhension de ces normes par tous les acteurs (professionnels de la construction, propriétaires, administration) et pour accélérer la réalisation des projets.
* Voir par exemple A. Brulhart & E. Deuber-Pauli: Arts et monuments - ville et canton de Genève (Ed. Benteli, Berne 1985, rééd. 1993); Service des monuments et des sites de la République et Canton de Genève: Répertoire des immeubles et objets classés (Ed. Georg, Genève 1994); Direction du patrimoine et des sites de la République et Canton de Genève: L'architecture à Genève 1919-1975 (Ed. Payot, Lausanne 1999, rééd. 2005); I. Roland et al.: Les maisons rurales du canton de Genève (Ed. Slatkine, Genève 2006); Ch. Amsler et al.: Jardin, jardins - 3 siècles de jardins à Genève (Ed. Infolio, Gollion 2008); Patrimoine suisse Genève: XXe - Un siècle d’architectures à Genève - Promenades (à paraître, Ed. Infolio, Gollion 2008).

22/09/2008

M2, CEVA et Constitution

Le métro lausannois M2 a été inauguré jeudi en grande pompe, après 15 ans d'études et de travaux. La presse romande en a fait sa une ces derniers jours - à juste titre ! Les Vaudois ont en effet réalisé un grand projet technologique : premier métro automatique de Suisse et dénivellation impressionnante (pente jusqu'à 12%), d'Ouchy jusqu'au nord de Lausanne. L'engouement populaire est au rendez-vous : la presse rapporte l'enthousiasme des premiers utilisateurs.

Genève a aussi un beau projet rassembleur : la liaison ferroviaire Cornavin – Eaux-Vives – Annemasse (CEVA). Les Genevois attendent depuis plus d'un siècle la liaison ferroviaire entre la Gare-Cornavin et la Gare-des-Eaux-Vives. Le projet CEVA vise à construire ce "chaînon manquant", par une voie ferrée souterraine entre La Praille et la Gare-des-Eaux-Vives, et ainsi à relier les réseaux ferroviaires CFF et SNCF d'une manière cohérente dans notre région.

Il faut savoir que, chaque jour, un demi-million de personnes entrent ou sortent de notre Canton. Le développement de la population dans le bassin genevois est exponentiel : 500'000 en 1980, 720'000 en 2000, avec des projections à 900'000 en 2010 et à 1'100'000 en 2020 (soit au moins 30% d'augmentation). Cette réalité engendre déjà des problèmes de trafic importants, qui d'ici 2020 deviendront de véritables défis à la mobilité et auront un impact sur la qualité de vie de la population. Il faut à l'évidence développer nos infrastructures de transports publics au niveau régional pour faire en sorte que l'offre de services en soit performante. Des statistiques françaises (cf. Le Monde du 17 septembre) montrent que les usagers de la route passent aux transports publics pour des raisons de (i) rapidité du transport, (ii) coût de la voiture (prix de l'essence, coût du stationnement, sanction des violations des règles de la circulation), (iii) moindre stress et (iv) problèmes de parking.

A l'horizon 2012-2015, le CEVA permettra de relier Cornavin aux Eaux-Vives par le train en 9 minutes. Genève sera dès lors au centre d'un véritable réseau de transport public fluide, au lieu de constituer un terminus ! Certes, l'importance et la durée du chantier occasionneront des désagréments non négligeables aux riverains (dont nous sommes). Mais, le CEVA sera une réponse bienvenue aux problèmes de mobilité ; de plus, il permettra l'ouverture et le développement de la région genevoise. Avec une bonne communication aux niveaux politique et technique, gageons que l'enthousiasme populaire sera aussi au rendez-vous.

Ce genre de projet transnational doit être facilité par notre future Constitution, en donnant à nos autorités les outils juridiques permettant de concevoir et réaliser des projets d'envergure dans des délais aussi courts que possible. Outre les procédures de concertation (dont nous parlons dans un autre article de ce blog), la future Constitution genevoise devra favoriser la coopération transfrontalière, notamment en inscrivant dans la Constitution la création d'un organisme juridique coiffant tout Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT) et en donnant le mandat exprès aux autorités de promouvoir la coopération transfrontalière. Genève doit apprendre à oser !

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21/09/2008

g[e]'avance aux Vernets

 

Samedi soir, c'est devenu une habitude, le public genevois s'entasse dans le chaudron des Vernets pour soutenir les exploits du Servette HC. Sauf que, cette fois-ci, se sont glissés parmi les spectateurs une petite dizaine de candidats de la liste 11 dont Amiel Feldman. La soirée promettait d'être mémorable et les auspices favorables à une victoire de l'équipe locale. A la mi-temps, les aigles menaient déjà largement au score face à Rapperswil, moment idéal pour les Vernets de découvrir, par l'intermédiaire de l'annonceur officiel de la patinoire, la présence de nos candidats constituants parmi le public. A l'arrivée, Servette l'emporte par le score de 5-2 et nos candidats ravis ont promis de revenir!

 

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Amiel Feldman, ici en bonne compagnie, a apprécié le match.

 

 

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                        Les Vernets s'enflamment au coup de sifflet final.

 

 

 

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Pour finir, voici la liste 11 au grand complet en pleines pages du prochain numéro de "L"Extension".
 
                                                                                                                                                                                  
texte: jtr.
photos: jl.
 
 
 
 
                

23:25 Publié dans Région | Tags : politique, constituant, sport, hockey, loisir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |