25/11/2016

Oraison funèbre pour le bâtiment de la gare des Eaux-Vives?

On assiste en ce moment à l'emballage - sans tambour ni trompette - du bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives, fermé depuis le début des travaux du CEVA en 2011.  Il est à craindre que cet emballage - qui n'est pas de Christo - indique le sort funeste que nos édiles réservent, par passivité, à cet édifice pourtant historique.

Ce charmant petit bâtiment date de 1887 et constitue le plus ancien édifice du quartier. Il fait face à la rangée d'immeubles Heimatstil de l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives, qui datent du tout début du XXe siècle. Ces immeubles forment un bel ensemble patrimonial avec le bâtiment des voyageurs ("élément fort au niveau du patrimoine bâti", comme le reconnaît le Rapport d'impact du PLQ de la Gare-des-Eaux-Vives) et avec les arbres anciens plantés sur le début de l’avenue de la Gare-des-Eaux-Vives. Cet ensemble est imprégné d’une ambiance paisible et comme hors du temps, qui plaît tant à ses habitants et aux visiteurs.

En 1888, le chemin de fer a été mis en service entre notre gare des-Eaux-Vives (appelée alors la "gare des Vollandes") et Annemasse, ce qui a permis par exemple à bien des Genevois et à de très nombreux touristes de se rendre facilement à Chamonix (desservi par le train dès 1901). Le bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives est typique du style des gares de la Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) - compagnie qui fut nationalisée et placée dans la SNCF en 1938, ce qui explique l'existence d'une gare française en plein Genève.

Il serait particulièrement dommage de ne pas sauvegarder le bâtiment de la gare des Eaux-Vives, alors même qu’il donne son nom à l’avenue et au quartier, et qu'il constitue un élément fort de notre histoire locale. 

En juin 2006, la CMNS (Commission cantonale des monuments, de la nature et des sites) avait recommandé la conservation et l'inscription à l’inventaire du bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives. Il est inquiétant de constater que les autorités ne tiennent pas compte des avis de la CMNS, la commission compétente pourtant mise en place par la loi afin de protéger et de conserver le patrimoine de la République, ce qui constitue une tâche d’intérêt public.

Certes, l’état actuel du bâtiment des voyageurs laisse fortement à désirer, mais il est tout aussi évident que si l’on avait la volonté de le restaurer, cela serait possible.  Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage !  Tout bâtiment patrimonial est par définition irremplaçable : la qualité d’une ville se mesure aussi dans sa capacité à conserver et restaurer les quartiers et édifices anciens plutôt qu’à les raser.

Nous réalisons que l’intérêt financier des promoteurs - ici, la société CFF Immobilier, qui veut construire un immeuble de rapport à cet endroit (ce qui n'a rien à voir avec la gestion et l'exploitation de l'infrastructure et du trafic ferroviaires) - a un poids important. Mais il est choquant qu'un intérêt financier privé puisse prévaloir sur l’intérêt public de conservation d’un objet patrimonial et historique de plus de 125 ans. Genève croule-t-elle à ce point sous une pléthore d'édifices historiques et patrimoniaux pour que l'on puisse se permettre d'en détruire sans remord et sans dommage pour la qualité et la beauté de notre ville?

Ce bâtiment des voyageurs pourrait fort bien être conservé et réhabilité (en tant que maison du patrimoine, maison des associations ou maison de quartier, par exemple).  Au besoin, si des questions d’alignement étaient primordiales pour le nouveau quartier autour de la future gare CEVA des Eaux-Vives, ce petit bâtiment pourrait être déplacé (comme cela s’est déjà fait pour des bâtiments d’une taille bien plus considérable d’ailleurs – par exemple la salle de gymnastique de l’école de Saint-Gervais et l’ancien siège de la Fabrique suisse de Machines-Outils Oerlikon à Zurich).

16:04 Publié dans Culture, France, Genève, Histoire, Patrimoine, Politique, Région, Urbanisme | Tags : genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

10/02/2016

Il faut voter NON au crédit de 131 millions relatif au projet de transformation du MAH

Le 28 février 2016, de nombreux et importants objets seront soumis au vote.  Suite au référendum qui a largement abouti en juin dernier, une votation municipale en Ville de Genève aura lieu sur le crédit de 131 millions relatif à la transformation ("rénovation et agrandissement") de notre Musée d'art et d'histoire (MAH), dit projet Jean Nouvel.

Ce projet appelle les commentaires suivants au niveau patrimonial : 

Construit par le grand architecte genevois Marc Camoletti (on lui doit aussi le Victoria-Hall et la Poste du Mont-Blanc, notamment) au tout début du XXe siècle, le MAH est un édifice néo-classique de style "Beaux-Arts"  (comme par exemple, à Paris, le Petit Palais (qui a inspiré Marc Camoletti), le Grand Palais, le pont Alexandre-III et la gare d'Orsay ou, à New York, le Metropolitan Museum et la gare Grand Central), monument qui constitue une œuvre architecturale majeure : dispositif articulé autour de la cour intérieure arcaturée, dans un contexte topographique complexe (entre, d'une part, le niveau inférieur des boulevards Helvétique et Jaques-Dalcroze et, d'autre part, le niveau de la Vieille-Ville et le secteur des anciennes fortifications). Comme le dit Bernard Zumthor (membre de la Commission fédérale des monuments historiques, et ancien conservateur cantonal des monuments et directeur de l’Office du patrimoine et des sites de Genève), il s'agit d'un "quadrilatère de galeries et de cabinets d’exposition articulés autour d’une cour ouverte qui joue le rôle de pivot central dans la distribution des espaces et des volumes. Dans ce modèle d’édifice, le « vide » est essentiel pour exprimer les « pleins » du bâti. C’est de la tension entre les deux que naissent l’harmonie des proportions, la qualité des rapports entre intérieur et extérieur, la subtilité de l’éclairage naturel bi-orienté, etc. La cour n’est donc pas un lieu « oublié » offert au premier remplissage venu." (L’Hebdo No 12, mars 2012).

Que l'on aime ou non le style "Beaux-Arts" (les goûts et les modes évoluent au fil du temps), le MAH est un monument historique : c'est à Genève l'unique édifice de style "Beaux-Arts" de ce genre.  Il est du reste inscrit à l'Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse (ISOS), du fait de son grand intérêt historique et architectural (cf. la liste des monuments et sites genevois inscrits sur la liste officielle fédérale de l'ISOS : http://www.bevoelkerungsschutz.admin.ch/internet/bs/fr/home/themen/kgs/kgs_inventar/a-objekte.parsys.000102.DownloadFile.tmp/ge2016.pdf).  La Confédération stipule : "L’inscription d’un site dans l’ISOS signale que ce site mérite spécialement d’être conservé intact. [...] Dès qu’il s’agit de sites construits d’importance nationale, l’ISOS doit donc être systématiquement considéré comme une base de décision pour tout ce qui relève de la gestion des monuments historiques et des sites ainsi que des mesures d’aménagement du territoire" (cf. http://www.bak.admin.ch/isos/03188/index.html?lang=fr).  

Le MAH fait donc indubitablement partie du patrimoine genevois et, par conséquent, conformément aux principes internationalement reconnus en la matière (Charte de Venise), seule une restauration respectueuse de la substance ancienne de ce monument est admissible, sans aucune adjonction (art. 13 de la Charte de Venise : "Les adjonctions ne peuvent être tolérées que pour autant qu'elles respectent toutes les parties intéressantes de l'édifice, son cadre traditionnel, l'équilibre de sa composition et ses relations avec le milieu environnant.").  La restauration du MAH dans les règles de l'art est demandée par l'association d'intérêt public Patrimoine Suisse Genève depuis près de 20 ans (http://www.patrimoinegeneve.ch/index.php?id=1928).

Or, en dépit de tout cela, le projet Nouvel veut intervenir dans la substance du MAH, en noyautant sa cour intérieure avec des plateaux et en surélevant le bâtiment (par dérogation aux lois protégeant la Vieille-Ville et le secteur sud des anciennes fortifications de Genève, quartier dit de l'Eglise russe).  Cela équivaut à un saccage du patrimoine, en totale contradiction avec les normes de la Charte de Venise.

Cela n'a rien à voir avec la construction de la pyramide au milieu de la cour Napoléon du Louvre par Ieoh Ming Pei : cette pyramide ne remplit absolument pas la cour et préserve l'intégrité de celle-ci.  Il en est de même quand on recouvre une cour d’une verrière, comme cela a été fait notamment par Norman Foster sur la grande cour centrale du British Museum ou par Rudy Riciotti et Mario Bellini sur la cour Visconti du Louvre.  Ces interventions contemporaines n'altèrent pas la substance des édifices investis.

Le parti-pris du projet Nouvel de noyauter la cour du MAH est d'autant plus incompréhensible que des alternatives existent pour réaliser une annexe à l'extérieur du MAH (sous la butte de l'ancien observatoire et dans le bâtiment de la Haute École d'art et de design (HEAD), anciennement Ecole des Beaux-Arts, comme le prévoyait Marc Camoletti) - c'est d'ailleurs la tendance architecturale actuelle : Kunsthaus de Zurich, Kunstmuseum de Bâle, Musée d’histoire de Berne, Städel Museum de Francfort, Museum d'Atlanta etc.

La population genevoise tient à son patrimoine architectural.  Elle l'a montré à maintes reprises en exigeant et obtenant par référendum que son patrimoine soit sauvegardé : les Grottes (en 1972 et 2014), les Halles de l'Île (1977), l'Hôtel Métropole (1981), le cinéma Manhattan (1987), le Musée de l'Ariana et les Bains des Pâquis (1988), et le cinéma Bio de Carouge (2004). 

Comment se fait-il alors que certains soient moins sensibles à l'altération d'un monument historique qu'à celle d'une autre œuvre d'art ?  En effet, à moins d'être un vandale, il ne viendrait à l'idée de personne d'altérer, par exemple, La Joconde  de Léonard de Vinci* ou le Guernica de Picasso en les "recadrant", en ne conservant que la tête du David de Michel-Ange ou du penseur de Rodin, en détruisant une partie d'un poème d'Apollinaire ou d'une machine de Jean Tinguely, en ne conservant qu'une partie d'une partition musicale originale, ou encore en coupant une photographie originale d'un grand photographe ou un chef-d’œuvre du cinéma.

Cette différence de sensibilité à l'architecture et de respect pour ses œuvres est-elle donc due à un problème de culture ?

* A noter que Marcel Duchamp, lorsqu'en 1919 il a affublé La Joconde de moustaches ("L.H.O.O.Q."), n'a bien sûr pas touché à l'œuvre originale de Léonard de Vinci.

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27/11/2015

Mobilisation citoyenne contre un projet de voie de tram dans la rue de Savoie

Dans un but d'investissement immobilier (pour son propre avantage financier et non pour un quelconque intérêt public), CFF Immobilier SA va construire deux immeubles de rapport à l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives, notamment à la place du vieux Bâtiment des voyageurs de la gare des Eaux-Vives (datant de 1887), en face des rangées d'immeubles "Heimatstil", à forte valeur patrimoniale, construits par le grand architecte genevois Léon Bovy au tout début du XXe siècle.

Mais le projet prévoit que les installations de chantier du promoteur occupent le domaine public sur la moitié nord de la place de la Gare des Eaux-Vives, pendant plusieurs années, alors même que les deux immeubles à construire seront situés dans le périmètre de 5 hectares du PLQ de la Gare des Eaux-Vives, vide de construction de surface. Premier scandale !

Afin de permettre cette occupation du domaine public par les installations de chantier, le promoteur - qui démontre hélas bien peu de respect pour le quartier et ses habitants - projette :

1) d'abattre tous les arbres au milieu et au nord de l'avenue de la Gare des Eaux-Vives - 2e scandale !

2) de supprimer toutes les places de stationnement (en zone bleue avec macarons) où les habitants garent leurs véhicules - 3e scandale !

3) d'éliminer purement et simplement les bandes cyclables sur l'avenue (ce qui rend la circulation des cyclistes beaucoup plus dangereuse) - 4e scandale !

4) d'implanter des centrales de production de béton et  de bentonite, qui causent beaucoup de bruit et de poussières (ce qui a un impact qui peut être grave sur la santé), à quelques mètres des habitations - 5e scandale !

5) et de s'installer sur l'actuelle boucle de rebroussement du tram, ce qui entraîne le projet de construction d'une boucle de tram de remplacement passant par la rue de Savoie - 6e scandale !

En effet, la rue de Savoie subit déjà un trafic important et des nuisances sonores dépassant les valeurs limites fixées par le droit fédéral, ce dont les habitants se plaignent auprès de l'administration cantonale depuis de longues années. Ainsi, à ce niveau excessif de nuisances sonores s'ajouteraient encore les vibrations, grondements et grincements dus au passage du tram dans la rue de Savoie, laquelle est courbe et en déclivité (impliquant des freinages causant du bruit additionnel), avec des virages à 90° à son entrée et à sa sortie, ce qui va engendrer des atteintes sonores particulièrement aiguës, répercutées par l’étroitesse (seulement 12 mètres) et la hauteur de cette rue qui forme un couloir.

Dès lors, proposer de condamner la boucle de rebroussement actuelle pour construire une voie de tram dans une des rues les plus étroites de la République est un comble du point de vue de la pesée entre l'intérêt privé d'un promoteur et les intérêts de tous les habitants et usagers du quartier.

Plus de 120 habitants du quartier se sont opposés par écrit à ce projet scandaleux à tous égards. L'Office fédéral des transports doit se prononcer. Affaire à suivre de près !

10:54 Publié dans Développement durable, Genève, Urbanisme | Lien permanent | Commentaires (37) | |  Facebook | | |

22/05/2014

Chic: des P+R sur sol genevois

Suite à la votation populaire du 18 mai, persiflons un peu.  

Le non au crédit de 3,1 millions de francs pour participer à la construction de P+R en France voisine montre que la majorité des Genevois préfère au fond voir construire des P+R sur territoire genevois.  C'est leur droit ! 

Ainsi, les Genevois pourront les payer à 100% !  C'est leur droit ! 

Ainsi, les Genevois pourront continuer à perdre de plus en plus de temps au quotidien dans des bouchons provoqués notamment par des pendulaires qui n'ont pas de P+R disponibles et encombrent nos routes !  C'est leur droit ! 

Ainsi, les Genevois pourront consacrer du précieux sol genevois pour édifier des P+R, car il est en effet plus logique de construire des parkings que des logements.  C'est leur droit !  

Il est vrai que le paysage et le patrimoine architectural genevois seront mis en valeur par la construction de nouveaux grands parkings ...  Ne laissons pas ce privilège à nos voisins !  

Quand diable comprendra-t-on que Genève - qui se veut une capitale - n'est rien sans sa région, c'est-à-dire l’agglomération transfrontalière?

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21/06/2013

Les aberrations des PLQ

Les procédures actuelles de PLQ laissent fortement à désirer : des techniciens conçoivent des plans (bien entendu sans aucune concertation avec la population) ; comme rien ni personne n'est parfait, ces plans sont perfectibles ; mais il est quasi impossible dans notre République de parvenir à faire corriger les aberrations des PLQ. En voici un exemple. 

Le projet de PLQ pour la gare des Eaux-Vives ne prévoit qu'un parking souterrain pour les habitants (celui de la rue Viollier), l'autre parking souterrain (à l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives) étant réservé aux employés et clients des commerces - à propos, qu’est-il prévu pour les usagers de la future Comédie qui sera construite à cet endroit?

Cela ne fait absolument aucun sens pour les habitants des immeubles existants en bordure sud du périmètre (à qui le projet de PLQ fait déjà perdre toutes les 265 places de stationnement actuelles sur l’avenue de la Gare-des-Eaux-Vives et la rue de Savoie).  En effet, ceux-ci devraient ainsi, après avoir déchargé des personnes à mobilité réduite, enfants ou objets lourds devant chez eux, reprendre leur véhicule pour parcourir environ 1 km. supplémentaire (par la rue de Savoie, puis la route de Chêne, l'avenue Pictet-de-Rochemont, la route de Frontenex et la rue Viollier), pour aller se garer dans le parking souterrain "habitants" (même si celui-ci n’est qu’à 150 m. de chez eux à vol d’oiseau) ; puis aller rechercher leur véhicule dans ledit parking et re-parcourir ce km. en sens inverse pour (re)charger les personnes à mobilité réduite, enfants, objets lourds.  Obliger les habitants à un tel parcours n'est ni rationnel ni écologique, mais véritablement ubuesque !

Malgré les observations des habitants du quartier de la Gare-des-Eaux-Vives lors de la procédure d'enquête publique sur le projet de PLQ, l'administration cantonale et la Ville (dont le Conseil municipal avait pourtant été informé) démontrent hélas un mépris total des intérêts légitimes des habitants du quartier.  Voire la volonté d’avantager de façon scandaleuse les futurs locataires de la Ville et de l’Etat dans les nouveaux blocs d’immeubles (qui habiteront juste au-dessus du parking souterrain de la rue Viollier) au détriment des habitants et usagers des autres immeubles pré-existants dans le quartier!

En conséquence, les autorités doivent absolument corriger ce PLQ pour affecter aux habitants des immeubles actuels du quartier des places dans le futur parking souterrain de l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives, et ce en suffisance afin de compenser les 265 places de stationnement supprimées en surface au sud de la tranchée du CEVA (ce que la Loi genevoise d’application de la législation fédérale sur la circulation routière exige d'ailleurs).

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08/06/2013

Merci à Mme Künzler

Suite à la mobilisation des parents d'élèves du quartier Frank-Thomas - Tulipiers - Grange Canal, seule parmi les autorités des 3 communes concernées et de l'Etat, la Conseillère d'Etat Künzler s'est préoccupée du problème (que nous avions relevé dans un précédent billet de ce blog) causé par les responsables du chantier CEVA : ceux-ci avaient fermé le chemin qui longeait l'ancienne voie ferrée entre le chemin de Grange-Canal et le Cycle d'orientation de la Gradelle, sans prévoir le moindre cheminement alternatif, alors que ce chemin était emprunté chaque jour par des centaines d'enfants et d'adultes.

Mme Künzler a trouvé une solution de remplacement pour ce cheminement piéton condamné par le chantier. Elle a négocié avec les divers propriétaires riverains et fait aménager un cheminement piéton alternatif en urgence. En conséquence, le parcours des élèves du quartier n'est pas rallongé de façon indécente jusqu'à leur CO de la Gradelle.

En cette fin d'année scolaire, il fallait le souligner et la remercier publiquement - ce d'autant plus que, en cette période pré-électorale, Michèle Künzler est en butte à nombre de critiques politiciennes.

En conclusion, on peut observer que lorsque les citoyens se mobilisent et que des élus sont à l'écoute, on arrive à des résultats concrets.

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19/10/2012

Eglise russe et tags

En début de semaine, nous avons appris avec consternation par la presse que la Cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix, que chaque Genevois connaît comme l'église russe, a été barbouillée de peinture.

Si les auteurs de cet acte renouent avec les iconoclastes du XVIe siècle, nous sommes préoccupés que l'on s'en prenne à un monument patrimonial, qui illustre en outre l'esprit d'ouverture et de libéralisme de Genève.

Rappelons ici en effet que, dans les années 1850-60, le gouvernement radical de James Fazy avait donné, sur les terrains des anciennes fortifications de Genève, des parcelles aux différentes communautés religieuses de notre République - à savoir catholique, anglicane, juive et orthodoxe - ainsi qu'aux francs-maçons, pour qu'ils puissent y construire leur lieu de culte.  Ce qui fut fait : la Basilique Notre-Dame (à côté de la place de Cornavin), l'église anglicane (rue du Mont-Blanc), le temple maçonnique (aujourd'hui, Eglise du Sacré-Coeur, entre le bvd Georges-Favon et la rue du Général-Dufour), la synagogue (place de la Synagogue) et l'église orthodoxe russe (rue Rodolphe-Toepffer).

Nous sommes à l'évidence absolument en faveur de la liberté d'expression et du droit de s'indigner.  Mais, à l'heure actuelle, il y a tout de même d'autres tribunes que la dégradation d'un monument pour faire part de ses messages et revendications.  Et il est par ailleurs indigne et malsain de s'en prendre à des objets de culte.

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21/07/2012

Projet CEVA et information publique

La Direction de projet CEVA a enfin mis à disposition du public un panneau d'information sur le chantier de la gare des Eaux-Vives.  C'est louable, mais cela intervient 7 mois après le début des travaux !

Dans le même esprit, la Direction de projet CEVA a publié une 1e fiche d'information "CEVA - Trois-Chêne", relative aux premiers travaux dans le secteur Frank-Thomas - Grange-Falquet.  Cette fiche d'information est datée du 6 juillet et annonçe que des travaux d'abattage d'arbres auront lieu dès le 9 juillet.  L'ennui, c'est que cette fiche a été distribuée dans les boîtes aux lettres du périmètre le 19 juillet, soit 10 jours après les faits concernés !

Renseigner a posteriori ne constitue pas de l'information digne de ce nom.  C'est de la communication-alibi !  La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ? (Racine)

Pourtant, entre le 29 novembre 2009, date à laquelle les Genevois ont accepté (avec 61,2% des voix) le crédit complémentaire pour la construction du CEVA, et le 15 novembre 2011, quand le premier coup de pioche a été donné, après 3 ans de procédures sur recours, la Direction de projet CEVA a eu tout loisir de préparer sa communication.

Il convient, avant tout, que les autorités - et la Direction du projet CEVA en est l'émanation - assurent la lisibilité et la transparence de leurs actions au moyen d'un accès facilité à une information complète et pédagogique, et surtout fournie en temps utile.

01/07/2012

Problème grave lié au chantier du CEVA pour les élèves du Cycle de la Gradelle

Sur demande de parents d'élèves, une séance d'information a eu lieu le 28 juin à propos de l'impact du chantier du CEVA sur le chemin des établissements scolaires.  Sur question du public, les ingénieurs en charge du projet ont indiqué que le chemin piéton entre le chemin de Grange-Canal et le Cycle d'orientation de la Gradelle, qui longe l'ancienne voie ferrée, serait condamné depuis cet été jusqu'à la réalisation de la voie verte, dans plusieurs années.  En conséquence, le parcours des élèves habitant le quartier Frank-Thomas - Tulipiers - Grange Canal sera rallongé de façon indécente: alors qu'il faut actuellement 1 minute pour se rendre à pied du rond-point Frank-Thomas - Grange-Canal jusqu'au CO de la Gradelle par le chemin piéton longeant l'ancienne voie ferrée, il faudra aux élèves désormais quelque 15 minutes de plus pour faire le détour par le chemin de Grange-Canal jusqu'à la route de Frontenex, puis le chemin de la Gradelle, enfin le chemin du Pré-du-Couvent jusqu'au Cycle.

Ainsi, sans aucune concertation, ni même consultation ou information préalable, on a laissé les concepteurs du chantier décider de fermer un chemin emprunté chaque jour par des centaines d'enfants (et d'adultes), et ce sans prévoir le moindre cheminement alternatif qui fasse sens.  C'est aberrant et bien peu démocratique !

Il est illusoire de croire que des ados vont accepter de faire un long détour quatre fois par jour pendant des années.  Ils se sentiront frustrés, voire révoltés, par le manque de considération dont ils font l'objet et forceront donc des passages, en prenant des risques d'accident dont les autorités porteront la responsabilité morale !

Des parents d'élèves, sidérés par les carences du projet et l'incapacité des autorités diverses à s'en apercevoir et à les résoudre, commencent à s'organiser et écrivent aux maires des communes touchées, aux Conseillers d'Etat concernés, ainsi qu'à la direction du projet CEVA, pour exiger une planification sérieuse quant à la mobilité douce pour les usagers du quartier, des accès réalistes et sécurisés aux établissements scolaires (y compris des sorties de camions de chantier à distance réfléchie), la garantie des accès pour les riverains et une nouvelle étude pour éviter l'abattage de la forêt de l'Ecole Pré-Picot.

En conséquence, il faut que les autorités (sans que l'Etat et les trois communes concernées se lancent la balle) et les maîtres d'oeuvre du chantier agissent d'urgence - car les chantiers vont débuter - pour mettre en place un cheminement alternatif faisant sens, dès la rentrée scolaire : soit on conserve le chemin piéton à titre temporaire (on le fait bien pour des chantiers affectant les automobilistes), soit on constitue un cheminement temporaire juste à côté à travers les propriétés privées.

23/06/2012

Où est la véritable concertation dans les projets d’aménagement urbain à Genève ?

La concertation a mauvaise réputation à Genève. Or, vu les oppositions citoyennes et la complexité des problématiques liées à l’aménagement urbain, il est nécessaire de faire preuve de créativité et d’ouverture : comme d’autres villes en ont déjà fait l’expérience positive, associer au débat tous les acteurs intéressés pour en faire émerger le meilleur projet dans l’intérêt général constitue une solution digne d’intérêt.

Défis genevois

La construction en souterrain du CEVA1 libèrera bientôt le périmètre de la gare des Eaux-Vives et permettra d’aménager une surface d’environ 5 ha en pleine ville de Genève. Comme l’indiquent d’ailleurs à ce sujet les autorités genevoises, ce site constitue "un enjeu d’aménagement de première importance, un des derniers grands potentiels à bâtir au centre ville"2. Néanmoins, les autorités n’ont pas trouvé bon d’adopter une véritable procédure de concertation publique pour la conception de ce projet d’aménagement: le soi-disant groupe de concertation, constitué seulement de représentants de partis politiques et d’associations, n’a pas été ouvert à tous les usagers, habitants et propriétaires riverains ; c’est en fait l’administration qui a élaboré le projet avec ses mandataires3. Ainsi, dans le cadre de ce projet urbain pourtant qualifié d’important, on n’a pas cherché à élargir le cercle des acteurs participant à la conception du projet. La population est pourtant concernée au premier chef et se pose des questions légitimes (voire, pourrait même suggérer quelques bonnes idées) : comment les cyclistes parcourant la voie verte, "infrastructure majeure de mobilités douces" reliant Annemasse à la gare des Eaux-Vives mais s’y arrêtant brutalement, pourront-ils contourner la future gare et s’intégrer dans les flux de circulation en direction du centre-ville ? Pourquoi aucun poste de police n’est-il prévu, bien que la gare des Eaux-Vives (avec ses immenses quais de 320 m. de long) constituera la seconde grande gare de Genève4 (avec non seulement des RER, mais aussi des trains grandes lignes), ce qui par définition impliquera des problèmes de sécurité (comme on en fait l’expérience tous les jours à Cornavin) ?

Sur le plan de l’espace public, le résultat du réaménagement de la place Cornavin est pourtant loin d’être une réussite, malgré les millions dépensés et sans que l’on ne puisse imputer cela à une intervention populaire. Et l’on voit le résultat des énormes chantiers d’aménagement des Ponts de l'Ile et de la Place Bel-Air …

A la vérité, dès qu’il s’agit de projets d’aménagement de l’espace public, les autorités genevoises font preuve de frilosité vis-à-vis de la participation populaire. Ainsi, lorsqu’en 1998 le peuple genevois a rejeté en votations le plan de réaménagement de la place des Nations et le projet d’aménagement de la place Neuve, ni l’un ni l’autre projet n’avait été soumis à une véritable procédure de concertation publique5 : pour le projet de la place des Nations, seuls des acteurs institutionnels avaient été invités à participer aux négociations préparatoires et la société civile n’avait pu intervenir que 3 ans après le lancement du projet, au stade de la mise à l’enquête ; le projet de la place Neuve ne résultait pas du débat public et la concertation subséquente ne cherchait qu’à faire lever les oppositions. Plus récemment, Genève n'a pas organisé de véritable concertation citoyenne pour l'élaboration du projet de quartier sur le site d'Artamis6 ; cela a constitué une autre occasion perdue.

Exemples pour Genève

En matière d’aménagement urbain, la concertation publique n'est pourtant pas une vaine théorie. Elle a en effet été testée avec succès, en Suisse et à l’étranger, à toutes les échelles. Ainsi, par exemple, Zurich a su éviter les blocages en élargissant le cercle des acteurs participant à la conception des projets relatifs à l’aménagement des vastes friches industrielles de Zurich-Ouest7 : avant même l’élaboration d’un projet, les autorités ont invité tous les acteurs intéressés à participer à la définition de ses lignes directrices.

En France aussi, des procédures de concertation ont été utilisées dans la conception et la réalisation de projets urbains. Ainsi, le célèbre architecte-urbaniste-paysagiste Alexandre Chemetoff8, dans le cadre du très ambitieux projet d’aménagement urbain du plateau de Haye9 en Lorraine, a pratiqué un vrai dialogue avec les usagers10 : un plan géant du projet (assez grand pour que l’on puisse en parcourir les rues à pied) a été soumis au public, dont les remarques et suggestions ont servi à corriger le projet.

Tout près de Genève, à Lyon, l’énorme projet de réaménagement urbain Lyon Confluence11 est un modèle du genre. D’une part, un espace de concertation (la Maison de la Confluence, bâtiment temporaire démontable) a été ouvert au public, près des chantiers, dans le but, non seulement d’informer au mieux sur le projet et l’évolution des chantiers (avec des expositions, des maquettes, des films vidéos, des bornes multimédias), mais aussi d’instaurer la concertation en amont de l’élaboration du projet et de la décision politique (réunions publiques, ateliers, conférences et débats autour de l’aménagement du territoire) : chacun est encouragé à exprimer son avis, ses attentes et ses inquiétudes (sur les espaces et équipements publics, les transports, la qualité et la densité du bâti), soit sur place soit au moyen de sites internet constamment tenus à jour ; cette interaction entre public, concepteurs et élus vise à établir dans la durée une relation de confiance sur le réaménagement et à permettre à la population de s’approprier réellement le projet urbain. D’autre part, le Conseil de communauté urbaine du Grand Lyon a adopté en 2003 une Charte de la participation12 tout à fait remarquable, qui valorise la concertation et est établie sur le principe que "la participation citoyenne est non seulement le fondement de la démocratie locale, mais elle en est aussi la finalité" ; aux termes de cette Charte, les autorités lyonnaises s’engagent à privilégier la transparence démocratique et à renouveler le dialogue entre habitants et élus (sans remettre en cause la légitimité de ces derniers), afin de donner l’occasion à tous de s’impliquer dans la conception de la ville et la construction du bien commun ; la Charte va jusqu’à prévoir que les budgets des projets intègrent les moyens nécessaires à la mise en œuvre des procédures de concertation.

A plus petite échelle, suite aux protestations qui ont suivi la fermeture en 2002, pour des raisons de normes de sécurité, de l’aire de jeux de 1000 m2 aménagée sur la pente de la butte du parc de Belleville (dans le 20e arrondissement), la Mairie de Paris a engagé un véritable processus de concertation pour déterminer les attentes des usagers et des riverains, en organisant non pas de simples séances d’information ou de consultation, mais des ateliers de réflexion menés sur une année et accueillant notamment parents et enfants, associations et Service des espaces verts ; un cahier des charges a sur cette base été rédigé et un concours lancé13.

Urbanisme et conservation du patrimoine

Alors que près des ¾ de la population suisse vit déjà dans des villes14, le canton de Genève va connaître un accroissement de 30% de sa population entre 2005 et 203015. Or, Genève possède un patrimoine riche et varié, tant au niveau du bâti que du paysage16. Afin de faire de Genève la métropole de qualité qu’elle peut être, il faut non seulement conserver ce patrimoine, qui est l'expression de notre histoire et de notre culture, mais aussi promouvoir un développement urbain cohérent et durable, de façon à diminuer la pression sur le patrimoine et à garantir la mixité fonctionnelle (habitations, bureaux, commerces, industries, lieux de culture et de détente) et la diversité sociale, qui sont nécessaires pour que se maintienne le lien citoyen. Architecture et urbanisme doivent être conciliés dans le cadre des projets de développement urbain, en respectant la substance historique du site et en tenant compte des paramètres complexes que sont (i) le territoire (relief, hydrographie, biodiversité et espaces agricoles), (ii) la dimension politique (plus une zone est enclavée, plus elle est pauvre et donc, afin d’atténuer les inégalités sociales et spatiales, il faut urbaniser de manière perméable pour que les divers groupes sociaux puissent sortir de leurs périmètres) et (iii) la mobilité (maillage du territoire, développement des infrastructures de transport). Tout territoire est en mutation permanente et il y a donc tension tout aussi permanente entre l’ancien et le nouveau, la conservation et la transformation. Le site, dans toute l’épaisseur de ses strates historiques et culturelles, devient la "matrice du projet"17 – comme Georges Descombes l’a illustré au Parc en Sauvy, à Lancy, créé en 1985 dans une zone de transition où la campagne pénètre la ville. Les enjeux patrimoniaux liés aux procédures de transformation du territoire sont par conséquent centraux.

Débat public

Corollaire de cet essor démographique, une pression croissante va s’exercer sur le patrimoine et sur les ressources, avec des problèmes majeurs de logement et de mobilité. En raison de la complexité des problématiques (espaces, environnement, énergie et recyclage, logement, densification, espaces verts et agricoles, transports, stationnement, économie, rapports sociaux) et face aux nombreux refus exprimés à l’encontre des projets d’aménagement urbain, les autorités politiques se trouveront toujours plus confrontées au défi de trouver des solutions acceptables par tous. Certains ne voient la cause des blocages que dans un déficit d’information, voire de marketing, de la part des autorités vis-à-vis des "administrés". Pourtant, on peut légitimement chercher à développer des processus de gestion de projet urbain différents. Des penseurs, comme Yves Chalas, se fondant notamment sur le développement des sciences exactes (notions de chaos et d’aléatoire), afin de répondre à la grande complexité des variables et des territoires, préconisent, plutôt que de simplement soumettre les projets de développement urbain à la consultation publique, de faire résulter du débat public les projets, par "l'information réciproque, le diagnostic partagé, la découverte collective et progressive du projet", le débat public garantissant "un meilleur urbanisme (…) que l'excellence technique, esthétique, fonctionnelle et rationnelle"18.

Participation citoyenne, consultation et véritable concertation

Outre les élections et votations, il y a plusieurs niveaux de participation "citoyenne" entre la population et ses élus : contrairement à la simple consultation (laquelle se résume à une simple demande d’avis sur un projet prédéfini, avis qui ne lie d’ailleurs pas son destinataire), la véritable concertation consiste en un dialogue engagé avec tous les acteurs concernés, en amont de la mise en forme d’une proposition, et suppose la confrontation et l’échange d’arguments entre les parties, afin de prendre en compte les divers points de vue exprimés et de faire ainsi émerger l’intérêt général, avant de s’entendre pour agir de concert. Il n’existe pas de méthode unique de concertation : celle-ci s’adapte en fonction des projets, des acteurs, des échelles de territoire et des contraintes juridiques, techniques et financières. Des conventions internationales, comme la Convention d'Aarhus19 de 1998 (qui a été signée par la Suisse), cherchent d’ailleurs à promouvoir la concertation publique, afin d’associer la population au processus décisionnel, en particulier dans le domaine de l’aménagement du territoire et de la gestion des ressources publiques.

La concertation publique doit précéder la planification urbaine : le projet est ainsi issu du dialogue entre tous les acteurs – publics (canton et communes) et privés (habitants, usagers, consommateurs, riverains, propriétaires, investisseurs et associations d’intérêt public) –, contrairement à la planification urbaine ordinaire qui est élaborée dans les arcanes des administrations (certes suivie de procédures d'enquête dite publique et de communications plus ou moins alibis à la population). Il faudrait passer à une "planification coopérative" laquelle constitue une méthode bien plus dynamique que la planification ordinaire20. En matière d’aménagement d’espaces publics, la planification requiert des processus permettant de déterminer l’intérêt public ; "le bien commun ne peut pas, ne peut plus, être postulé : il doit être construit"21. Ainsi, il convient d’identifier tous les acteurs concernés et de les impliquer ab initio dans la conception et l’élaboration du projet, en les faisant dialoguer entre eux et avec des experts. "Il ne s’agit (…) pas de croire de manière angélique aux vertus du débat (…), mais de se donner les moyens de définir adéquatement le problème. (…) Les procédures [de concertation publique] (…) permettent (…) d’enclencher une dialectique féconde entre une définition (…) du bien commun et des conceptions architecturales et urbanistiques."22

La concertation comme mode de gouvernance

En matière de projets d’aménagement des espaces publics, une bonne gouvernance fondée sur une véritable concertation implique donc les phases suivantes, qui devraient être institutionnalisées: 1) les autorités associent toutes les personnes concernées – de la façon la plus ouverte et la plus large – à la définition des lignes directrices du projet ; 2) sur cette base, différentes équipes d’architectes et d’urbanistes, choisis sur concours, élaborent différents plans ; 3) puis, des experts les analysent et en recommandent un ; 4) ce projet est alors présenté au public et toutes les personnes intéressées (y compris les associations d’intérêt public, puisque justement l’Etat reconnaît qu’elles agissent dans l’intérêt collectif) peuvent à nouveau faire part de leurs remarques de façon à "enrichir" le projet ; on en tient compte, en amendant au besoin le projet ; 5) les décisions politiques sont prises sur cette base. Il ne faut pas se fier aux apparences : on l’a vu, le nom de concertation est parfois donné à des procédures qui n’en remplissent pas les conditions et sont en fait de simples consultations ; la véritable concertation exige l’ouverture à toutes les personnes intéressées et ce, dès la conception du projet.

La concertation peut s’exercer à tous les niveaux (quartier, commune, groupe de communes, canton, agglomération transfrontalière23). A Genève, le canton détient en général la compétence en matière d’urbanisme, ce qui permet sans doute une plus grande cohérence, mais ne satisfait pas au principe de subsidiarité24 qui veut que, dans un but d’efficacité, la responsabilité de l’action publique soit dévolue aux autorités de l’échelon inférieur dans la mesure où elles en ont la capacité (soit par exemple la commune plutôt que le canton) ; mais les autorités cantonales ne démontrent pas la volonté de dépasser leur vision et d’encourager la participation pour améliorer l’écoute du ressenti socio-culturel de la population genevoise. Pourtant, la proximité désamorce souvent les problèmes.

Eviter les blocages

La concertation publique présente de grands avantages : elle permet à la population de s’approprier le projet et d’y adhérer ; en outre, tout en évitant donc les blocages, la concertation intègre mieux les divers membres de la communauté (y compris, par exemple, les enfants, qui ne sont jamais entendus lors des procédures de consultation) en construisant le sentiment d'appartenance à la collectivité. En outre, les procédures de concertation permettent aux projets urbains de pouvoir être réalisés de manière plus prompte, flexible et planifiable, ce que les investisseurs et le public apprécient. Construire ensemble un projet en se concertant est plus démocratique que de simplement le soumettre à consultation et constitue le meilleur moyen de susciter le soutien actif de la majorité des acteurs concernés. La plupart de nos concitoyens s’intéressent à leur environnement urbain, preuves en sont les enthousiasmes pour certains projets (cf. le projet du métro M2 à Lausanne25) et les oppositions (que la concertation parvient justement à positiver et à intégrer).

Les procédures participatives se voient parfois critiquer pour leur lourdeur. S’il est vrai que, par rapport à la planification ordinaire, la concertation allonge la phase de conception du projet, elle permet cependant en général de réaliser l’aménagement urbain plus efficacement (en termes de temps et d'argent), tout en évitant référendums et recours dans une large mesure. Par ailleurs, la concertation n’a pas pour objet de tout régler : il ne s’agit pas de laisser les usagers dicter par exemple leurs goûts en matière d’architecture (laquelle doit plutôt faire l’objet de concours), mais d’établir un dialogue et des synergies quant à l’aménagement des espaces publics.

Des enjeux d’importance

Il y va de l’avenir de Genève et de la qualité de vie de ses habitants et usagers. Réaliser plus efficacement les projets urbains – dont la construction de logements – et favoriser tant l’ouverture et le sentiment d'appartenance à la cité que l'adhésion aux changements, constituent des atouts que nos élus auraient tort de négliger. Institutionnaliser les procédures de concertation en tant que moyen de gouvernance26, comme à Lyon, y aiderait, dans un véritable esprit démocratique. Nos autorités auraient-elles une conception jacobine du rôle de l’Etat par rapport aux "administrés" ? Devons-nous être réduits à un rôle d’assistés ou d’opposants en matière de projets urbains ?

1 Projet de raccordement ferroviaire Cornavin – Eaux-Vives – Annemasse.

2 Voir le site officiel de la République et canton de Genève : http://etat.geneve.ch/dt/amenagement/gare_eaux_vives-723-4143-9838.html.

3 Cf. Plan directeur de quartier de la gare des Eaux-Vives, juin 2008, p. 2.

4 Cf. Projet de PLQ Gare des Eaux-Vives, Etude d’impact sur l’environnement, Rapport d’impact 1ère étape, 21 mars 2012, p. 10.

5 Voir Ola Söderström, Béatrice Manzoni & Suzanne Oguey : "Lendemains d’échecs – Conduite de projets et aménagement d’espaces publics à Genève" in disP - The Planning Review, No. 145 (02/2001), p. 19 et ss.

6 Voir David Gaillard : "Chronique d'une participation avortée" in Le Courrier, 27 octobre 2009.

7 Voir P. Marti, J.-P. Schopfer & H. Taieb : "Learning from Zurich - Plan directeur, idées directrices" in FACES, Journal d'architecture, No 65 "Réinventer Genève", page 36 et ss, hiver 2007 – 2008.

8 Il a été invité par la Ville de Genève à l’espace Forum Faubourg, de mai à juillet 2010, pour son exposition "Droit de visite".

9 Qui couvre quelque 440 ha, à cheval sur la ville de Nancy et deux autres communes, et où résident plus de 14’000 habitants.

10 Alexandre Chemetoff, Patrick Henry et all : Visites, éd. Archibooks - Sautereau, Paris, 2009, p. 39.

11 Cette friche industrielle de 150 ha au sud de la presqu’île lyonnaise, entre Rhône et Saône, fait depuis 2000 l’objet d’une véritable extension urbaine, qui permettra de doubler la superficie de l’hyper-centre de l’agglomération lyonnaise (la 2e phase du projet, dont l’agence Herzog & de Meuron a été lauréate, prévoit l’aménagement de la majorité du site en espaces publics) - www.laconfluenceonendiscute.fr.

12 Cf. www.grandlyon.com/Charte-de-la-participation.1376.0.html. La communauté urbaine des 58 communes qui forment le Grand Lyon (1'200'000 habitants) est administrée par le Conseil de communauté auquel lesdites communes ont transféré certaines compétences (urbanisme, services publics et soutien au développement économique).

13 Cf. Cedric van der Poel : "Pour s’inventer des histoires" in TRACÉS, n° 20, 19 octobre 2011.

14 Office fédéral de la statistique, 2011.

15 En 2005, la population de l’agglomération franco-valdo-genevoise comptait quelque 770’000 habitants (Comité régional franco-genevois : Projet d‘agglomération franco-valdo-genevois, Cahier annexe N°1 – "Etat de la question et diagnostic détaillé", décembre 2007), dont 441'000 dans le canton de Genève (Office cantonal genevois de la statistique (OCSTAT) : Statistique cantonale genevoise de la population) ; les projections à 2030 indiquent une augmentation de 265’000 habitants dans l’agglomération, dont la moitié dans le seul canton de Genève (Comité de pilotage du Projet d’agglomération franco-valdo-genevois : Communiqué de presse, 17 mars 2011).

16 La Charte de Cracovie (2000) - qui reprend notamment les principes des Chartes d’Athènes (1931) et de Venise (1964) sur la conservation et la restauration des monuments et des sites - inclut expressément le paysage dans le patrimoine culturel.

17 Sébastien Marot : L'art de la mémoire, le territoire et l'architecture, Ed. de la Villette, Paris, 2010

18 Yves Chalas : "L’urbanisme à pensée faible", 2007, lrdb.fr, en ligne (www.lrdb.fr/articles.php?lng=fr&pg=356).

19 Convention sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement, adoptée le 25 juin 1998 à Aarhus (Danemark).

20 P. Marti, J.-P. Schopfer & H. Taieb : ibid.

21 Ola Söderström, Béatrice Manzoni & Suzanne Oguey : ibid.

22 Ola Söderström, Béatrice Manzoni, Suzanne Oguey : ibid.

23 Dans le cadre du Projet d'agglomération franco-valdo-genevois, des études ont été lancées à l’échelle des Périmètres d'aménagement coordonné d'agglomération (PACA) pour analyser les problématiques complexes autour du projet urbain (logements, espaces verts et agricoles, équipements, mobilité) ; ces études sont diligentées par des bureaux d’experts travaillant en parallèle sur divers scénarios d’aménagement du territoire, puis soumises au débat dans des ateliers et des tables rondes réunissant élus et représentants de la société civile, aux fins de dégager des recommandations réunissant l'adhésion la plus large www.projet-agglo.org/articles-fr/13,81-paca-et-ld.html.

24 Art. 5a de la Constitution fédérale : "L’attribution et l’accomplissement des tâches étatiques se fondent sur le principe de subsidiarité."

25 Voir par exemple "Plus de 160'000 personnes testent le métro M2" in Le Temps, 21 septembre 2008.

26 En France, l'article L300-2 du Code de l'urbanisme institue la concertation obligatoire, notamment pour l'élaboration et la révision des plans locaux d'urbanisme et pour la création de zones d'aménagement. En outre, en juillet 1996, le Ministère de l'Environnement a rendu publique une "Charte de la concertation" visant à améliorer de manière significative la participation du public à la conception des projets (cf. www.rff.fr/IMG/Charte_concertation.pdf).